9. Composition du sol

 Les mésembs peuvent pousser pratiquement dans n’importe quel sol. J’en ai vu prospérer dans du terreau universel, dans de la terre pauvre, dans du gravier ou de la pierre ponce (à deux doigts de la culture hydroponique), dans de la tourbe spongieuse et dans différents mélanges amendés de pierre ponce. Elles n’ont jamais belle allure dans du sable fin compacté, mais leur adaptabilité générale est malgré tout importante. Et ce qui est le plus surprenant est de se rendre compte qu’elles arrivent à synthétiser les mêmes pigments, quel que soit le coin du monde et le milieu où elles poussent.
En dépit de ces penchants omnivores, elles ont des préférences en matière de substrat et les respecter améliore leur santé, leur couleur, et leur potentiel floral. Je recommande personnellement un mélange fait de gravier et de terre, très bien drainé, pauvre en azote, sans particule d’humus apparente et n’ayant pas un pH supérieur à 7,5, le mieux étant 6,5. J’utilise un seul mélange de base pour toutes les espèces, celui que j’ai baptisé mélange Mabel. Il est composé de deux parts de terre de jardin, une part de sable grossier et une part de pierre ponce. [N.d.T. : Cette dernière peut être remplacée par de la pouzzolane, plus facilement disponible en France.] Les seules variations que je fais dans mon mélange sont dans :

  • les proportions de pierre ponce (en en remplaçant une partie par du sable et de la terre)
  • la granulométrie de la pierre ponce (plus fine pour les plantes naines)
  • l’ajout de granit désagrégé ou de perlite
  • l’ajout d’humus pour les semis.

 Les sols de leurs milieux naturels sont très lourds et denses. Ils sont aussi souvent très ferme. Il leur arrive d’être poudreux une fois secs, bien que stabilisés par une couche superficielle de morceaux de quartz ou autres petits cailloux. La plupart du temps, ils sont composés en majorité de schiste décomposé, avec une petite part d’humus. J’ignore si ce substrat d’origine donnerait de bons résultats dans mes pots, n’en ayant jamais pris que de petits échantillons à seule fin d’analyses. L’expérience des Cole (tous leurs Lithops étaient cultivés dans le sol de leur habitat d’origine) me prouverait que cela peut fonctionner extrêmement bien, mais à condition que l’environnement soit aride.
 Dans les conditions de la plupart des serres, un sol provenant de l’habitat ou ses substituts retiennent trop longtemps l’eau ; on les dit trop « lourds ». Les mésembs globulaires absorbent alors facilement trop d’eau et éclatent, ne disposant pas de soupape de sécurité. Et même les espèces buissonnantes ont les feuilles qui craquent et se fendent quand le sol met trop de temps à sécher. Toutefois, lorsqu’il m’est arrivé de fournir à des amis qui habitent sous des climats humides des sacs de mon mélange, lui aussi relativement lourd, cela ne les pas empêchés d’y réussir parfaitement des plantes difficiles (comme Dactylopsis digitata). Pour tout dire, c’est même le seul mélange dans lequel ils y parviennent. Les composts habituels à base de tourbe semblent corrosifs pour les racines ou inhibent leur croissance, passé un an ou deux.    

Les plantes qui affectionnent les sols argileux auront leur plus belle allure dans le mélange Mabel ou dans un mélange lourd équivalent. Mes Titanopsis cultivés dans ce mélange ont une coloration que tous mes visiteurs remarquent. Pour moi, ils ont simplement une apparence naturelle, c’est-à-dire celle qu’ils ont dans leur habitat. Je dois ajouter que ma « terre » est assez sableuse, avec une forte proportion d’argile, et son pH est alcalin (8 à 8,5) comme le sont beaucoup de sols en milieu naturel.    

De nombreux amateurs talentueux préfèrent des mélanges complètement différents du mien. Leurs formules varient, mais bien souvent ils contiennent un « terreau à rempoter » de bonne qualité (fait d’humus, perlite et sable) et stérilisé, auquel ils ajoutent pour l’aérer de la pierre ponce, du granit désagrégé, du sable fin, ou tout cela à la fois. Plus l’eau est acide, plus elle conviendra à ce genre de mélanges. Quand j’étais jeune, j’employais du terreau de feuilles de chêne de la marque Harry Johnson – à l’époque, on pouvait avoir des terreaux bien compostés ! – mélangé à du granit désagrégé.    

Il existe un lien étroit entre vos habitudes d’arrosage et la manière de réagir d’un mélange, la qualité de l’eau modifiant, avec le temps, ce dernier. De l’eau alcaline ou fortement minéralisée réagit avec la tourbe, accélère sa décomposition ou sa transformation en une substance toxique et imperméable. Notez bien que ce n’est pas seulement l’alcalinité qui pose problème, mais les différents sels qui peuvent polluer votre eau. Même si votre sol est acide, il peut devenir alcalin si votre eau l’est aussi. Heureusement, la plupart des plantes s’adapteront. 

Avec le temps, le sol finit par devenir inhospitalier et il faut alors rempoter. Des rempotages fréquents (un tous les deux ans) éloignent la menace des saturations salines, mais lorsque l’on rempote, comme moi, seulement tous les quatre à cinq ans, on a besoin d’un mélange qui tienne sur la durée. Si le manque de temps est une des causes de ces rempotages espacés, j’ai aussi la conviction que les mésembs se portent mieux quand elles sont bien ancrées dans leur pot et laissées tranquilles pour des années. La taille des feuilles ou des corps se réduit mais ceux-ci deviennent aussi plus compacts et plus colorés.
Il existe quelques genres et espèces qui se singularisent dans leurs préférences : ceux qui proviennent de coins sableux, de roches très acides ou de falaises moussues (quelques uns parmi ces derniers détestent même la terre et la vie à l’horizontale !). Ces exceptions sont mentionnées sous chaque genre et devront être traitées en fonction.


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